Chère âme égarée

Chère âme égarée,

Je t’écris de nulle part, en Ardèche. Autour de moi, il n’y a que la nature. Je suis bien loin de Lyon, de son agitation, de sa vie. Ici, il y a un autre type de vie, peut-être plus pure et plus simple en un sens.

Je suis seule, et j’aime ça. Si j’avais su qu’un jour j’accueillerais la solitude à bras ouverts. Si j’avais su qu’un jour j’accepterais pleinement l’idée que c’est OK d’aimer être seule. Que c’est pas grave d’aimer ça. Que le tout, c’est d’assumer pleinement et d’y aller tête baissée.

Ca m’a pris des années pour en arriver là, si tu savais, chère âme égarée. J’ai toujours aimé être seule, mais c’est pas normal quand tu as dix ans de préférer rester dans ta chambre que d’aller jouer avec tes amis.

Et aujourd’hui, j’ai vingt-trois ans et je viens de terminer mes études. J’apprécie de plus en plus ma propre compagnie. Ce week-end en Ardèche, c’est mon week-end à moi. Un peu comme une récompense pour les efforts que j’ai faits depuis toutes ces années pour en arriver là. J’ai été seule pour accomplir tout ça, donc il n’y a qu’avec moi que j’ai envie de célébrer la fin de cette ère.

J’entre littéralement dans un nouveau chapitre de ma vie. Ou une nouvelle saison, si ça te parle plus. Avec de nouvelles intrigues, de nouveaux personnages, de nouveaux rebondissements. J’ai hâte de découvrir qui je serai dans un an, cinq ans, dix ans. Si hâte de voir ce que la vie me réserve. D’avancer, de grandir encore.

Mais chaque chose en son temps. A l’instant, je suis toujours sur ce même banc, au milieu de rien, mais pourtant très exactement là où je dois être.

Je marchais quand je suis tombée sur « le paradis ». En tout cas, c’est ce que le panneau indique.

Jocelyne appelait cet endroit « le paradis ». Passant, assieds toi et regarde. Ami souviens-toi

Du coup, c’est ce que je fais. Je m’assieds. Je prends le temps, enfin. Je prends le temps de respirer, de lire, et d’écrire aussi car jamais je ne voudrais oublier ce moment ni cet endroit. Si je les consigne par écrit, jamais ils ne s’en iront, non ? Je dois t’avouer que j’ai peur de l’oubli. Peur que si je n’écris pas tout, les souvenirs vont s’effacer. Comme si j’avais attendu tellement longtemps pour sentir un peu de chaleur dans mon coeur que j’avais peur qu’on me la reprenne, qu’elle s’en aille. Alors j’écris, tout, tout le temps, je ne fais que ça. Pour être certaine que ces moments m’appartiennent réellement.

Finalement, Jocelyne avait raison, cet endroit, c’est un peu comme le paradis…

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