elle & il

Elle marchait parmi les inconnus de la capitale. Parmi la foule, personne et tout le monde à la fois. Elle était une parmi tous les autres, pourtant il l’avait vue, comme reconnue. Elle rayonnait différemment. Une certaine poésie se dégageait d’elle, une assurance discrète, une détermination.

Le temps s’arrêta, elle passa juste devant lui, à quelques centimètres seulement, il aurait pu la toucher rien qu’en tendant le bras. Ce qu’il ne fut pas. Ca aurait été déplacé, inconvenable. Elle s’assit à la terrasse, un peu plus loin, sur une petite table ronde, seule.

Il n’arrivait pas à décrocher son regard de cette femme. Elle l’intriguait. Elle avait l’air de sourire avec son âme. Elle dégageait une sérénité rassurante, chaleureuse, comme si elle n’avait jamais douté de la beauté du monde. Ce qu’il ne savait pas encore à cet instant, c’est qu’elle en avait tellement douté par le passé qu’elle était déterminée à voir le beau en toute chose, à faire de chaque instant un poème.

Elle commanda un café, allongé, qu’elle ne sucra pas. Elle le dégusta, sembla l’apprécier comme si elle savait que c’était le dernier qu’elle allait boire. Elle observait les gens autour d’elle, la vie qui grouillait. Et lui l’observait elle. Incapable de dégager son regard. Quelque chose chez elle le fascinait.

Elle tourna la tête. Le remarqua. Lui sourit enfin. D’un sourire timide et poli. Elle avait senti son regard peser sur elle. Intimidé, il baissa les yeux en lui rendant son sourire.

S’il continuait à l’observer ainsi, elle trouverait ça étrange, c’est certain. Pourtant, son regard était irrésistiblement attiré par elle, il n’aurait su expliquer pourquoi. Il resta ainsi un moment, mais finalement assez peu longtemps à son goût, à la regarder du coin de l’oeil, discrètement, pour ne pas l’importuner.

« Je vais prendre l’addition, s’il vous plaît, et je vais régler la consommation de la jeune femme là-bas, mais ne lui dites pas que c’est moi. »

Pourtant, quand elle voulut glisser ses quelques pièces dans la main du garçon de café et qu’il refusa poliment, elle se tourna immédiatement vers lui. Comme si elle savait, comme si elle avait compris tout de suite. Mais comment ?

Elle se contenta de lui sourire. Il était trop loin pour l’entendre, mais il lut sur ses lèvres un merci. Elle avait les joues roses. Il sentit la distance entre eux se réduire un peu, sans qu’aucun d’eux ne bouge pourtant.

Bientôt, elle se leva, sans un bruit, comme si elle avait peur de perturber le tumulte citadin, comme si elle avait peur qu’on la remarque.

Lui eut peur qu’elle s’envole. Il ne voulait pas que ce moment suspendu s’arrête. Elle passa devant lui, pour la deuxième fois, sans dire un mot. Leurs regards se croisèrent encore, s’analysèrent intensément pendant deux secondes, peut-être trois. Il était subjugué par son aura, si douce, si pure.

Elle s’éloignait. Il ne l’avait toujours pas lâchée des yeux. Elle marchait avec assurance. Quand il ne la vit plus, son regard revint à sa réalité. La vie reprit son cours autour de lui. Le bruit. Le monde. La valse effrénée du quotidien.

En baissant le regard, il aperçu juste à côté de sa tasse de thé, un papier plié en deux qui n’était pas là quelques minutes auparavant, il en était sûr. Elle ? Il l’attrapa du bout des doigts, le déplia, envahi par le trac. Deux petits mots. Une question simple.

« A demain ? »

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