Et dans ce fameux « plus tard » qu’est aujourd’hui, je suis elle

Petite, je passais mon temps à penser, à réfléchir, à créer, à imaginer. A rêver à tout ce que je pourrai être, à tout ce que je pourrai devenir et représenter. Je rêvais à d’autres vies, plus belles, plus joyeuses, plus douces. C’est ce qui m’a permis de tenir, toutes ces années. Rêver. Imaginer. Créer de toutes pièces la personne que je voulais devenir.

Et dans ce fameux « plus tard » qu’est aujourd’hui, je suis elle. Elle incarne tout ce que j’ai toujours voulu devenir. Elle est calme, au moins en apparence, et sympa avec tout le monde, au moins au début. Elle laisse le bénéfice du doute. Elle lit, beaucoup, elle adore ça, et elle croit dur comme fer qu’elle est capable de tout, elle ne doute de rien, absolument rien. Elle réussit, elle est douée et elle est fière, même si on lui a toujours dit que ça n’était pas bien d’être trop fière.

Elle a façonné son quotidien à son image, petit à petit, sans rien demander à personne. Elle s’est fait confiance. Elle s’est posé les bonnes questions, les questions qui font mal mais qui libèrent, quelque part.

C’est en faisant un pas en arrière qu’elle a réalisé. Un petit sourire en coin. Un coeur gros comme ça. Des yeux remplis de larmes de joie. « J’ai réussi ». J’ai réussi à devenir celle que j’ai imaginé pendant tout ce temps, et dont la personnalité s’est affinée avec les années. Peu à peu, elle s’est confondue avec moi, à tel point que c’en est devenu perturbant. Et puis un jour, c’était moi.

Aujourd’hui, c’est ça qui m’a frappée. Dans un moment hasardeux du quotidien, je me suis sentie reconnue, remarquée, légitime. Enfin légitime. Ca m’a semblé tellement déconnecté du réel que j’ai eu l’impression l’espace de quelques secondes d’être partie intégrante d’un simulateur, comme si on me faisait jouer une vie qui n’était pas la mienne. Pourtant c’est bien vrai, c’est bien la mienne.

Je suis là. J’ai des capacités et des qualités qui peuvent être appréciées des autres. Et j’apprécie aussi. J’ai de vrais échanges. De vraies interactions. De vraies relations.

Ce qui me semblait un jour être inaccessible est aujourd’hui une réalité, presque mon quotidien. Un quotidien que je chéris, par peur qu’il ne disparaisse, qu’il me soit enlevé violemment.

Ce qui est marrant, c’est que c’est dans les moments les plus anodins du quotidien que j’ai les plus grandes réalisations. Imagine-toi un après-midi au travail. Un vendredi après-midi, fin de semaine, le manque de sommeil accumulé se fait ressentir. Pourtant, tu dois tenir, pas le choix. Une réunion. Deux réunions. Importantes, qui plus est. Tu dois tenir, pas le choix. Tu parles et on t’écoute. Etonnement. On acquiesce, on te dit que tu as tout à fait raison. Etonnement. Et là, tu réalises. Tu comprends que tu as réussi, enfin, à incarner cette version (un peu) fantaisiste de toi-même. Fantaisiste, mais pas tant que ça, finalement, puisqu’elle est là et elle existe vraiment, juste sous tes yeux.

Et dans ce fameux « plus tard » qu’est aujourd’hui, je suis elle.

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