ils ont réussi à te faire douter

Il y un an, j’ai vécu ma première rupture, et depuis, je suis passée par à peu près toutes les phases possibles.

D’abord, j’ai été triste, jusqu’à croire que je ne pourrais jamais me relever d’un tel chagrin.

Mais bien vite, j’ai du me rendre à l’évidence : quoi qu’il arrive, la vie continue. Avec ou sans lui, la vie continue.

Ensuite est venu le déni : peut-être avions-nous simplement besoin de temps. Peut-être allions-nous nous retrouver plus tard.

Mais bien vite, j’ai du me rendre à l’évidence : nous deux, c’était vraiment fini. Ca avait été un très beau chapitre dans mon histoire, mais il appartenait désormais au passé.

Très vite, j’ai commencé à chercher de la compagnie auprès d’inconnus, coûte que coûte. J’étais prête à ouvrir mon coeur à la première personne venue. J’avais peur de devoir affronter mes émotions, ma tristesse, mon coeur à vif, mon désespoir. Donc je fuyais. Je m’enfuyais tout près des autres.

Mais bien vite, j’ai du me rendre à l’évidence. On ne bâtit rien de solide sur une étendue de ruines.

Et puis, revirement de situation.

Le rejet de toute personne qui s’aventurait un peu trop près de moi. La découverte de moi-même.

J’ai pris le temps de me questionner. De tout questionner autour de moi et en moi. J’ai pris le temps de faire ma connaissance. De m’assoir autour d’un café et de faire le point sur ce qui me compose vraiment. Qui je suis quand personne ne me regarde.

Et bien vite, ça a été comme une évidence : je n’avais besoin que de moi-même pour vivre.

Pendant toutes ces années, je me suis fait toute petite. J’ai cherché à prendre le moins de place possible. Surtout, qu’on ne me remarque pas.

Alors, j’ai arrêté de vouloir me cacher. Sans non plus me placer sur le devant de la scène, j’ai fait entendre ma voix. J’ai arrêté d’être désolée d’être qui je suis. J’ai arrêté d’avoir honte, d’avoir peur.

Pendant des mois, j’étais habitée par une euphorie permanente. L’envie de vivre. L’envie de tout vivre, sans attendre. Peur de perdre ne serait-ce qu’une seconde. Rattraper tout ce temps perdu.

La vie n’était finalement pas si morose que ça. C’était même plutôt chouette comme concept.

Mais -puisqu’il y a toujours un mais- l’excitation de la nouveauté finit par redescendre. Le quotidien reprend ses droits peu à peu.

Tu n’es pas si extraordinaire que ça, au fond. Tu es comme monsieur et madame tout-le-monde et tu t’es simplement bercée d’illusions. Comme un enfant qui rêve trop grand.

Cela va bientôt faire un an. Tu es toujours seule, mais quand même un peu moins seule. Tu es toujours seule, mais il y a toutes ces nouvelles âmes qui sont entrées dans ta vie. Par dizaines. Toutes plus belles les unes que les autres.

Tu te construis, petit à petit. Tu façonnes ta vie à ton image : un peu bancale, mais toujours joyeuse. Comme monsieur et madame tout-le-monde, mais ça te va. Dans ton coeur, tu es extraordinaire et tu n’en as que faire que personne ne le remarque. Tu vis pour toi, pas pour eux.

Tu es toujours seule, mais tu es heureuse. Les autres, ça les questionne, ce bonheur que tu t’es construit. C’est pas normal. La vie, c’est mieux à deux, selon eux. Mais toi, tu ne comprends pas pourquoi. Ta vie à deux, elle n’était pas mieux.

Alors tu te questionnes à ton tour : et si c’était toi, le fond du problème ?

Ils ont réussi à te faire douter.

Tu observes les autres, ceux qui font les choses par paire. Ils ont l’air heureux, c’est vrai. Ils sourient toujours, les gens qui s’aiment.

Et toi, tu souris de moins en moins, on dirait. Dans un coin, tu sens la jalousie secouer la main dans ta direction, pour te signaler qu’elle est là. Tu ne l’attendais pas.

Tu as oublié ce que c’était d’aimer. Tu as oublié ce que c’était d’être aimée. Tu as oublié la douceur du dimanche matin. Tu as oublié le réconfort d’un câlin à la fin d’une longue journée. Tu as tout oublié. Tu es rouillée. Tu ne sais plus comment faire.

Mais toi, tu ne sais pas être deux. Tu n’es pas prête à être deux. Tu es déjà bien trop à toi seule pour pouvoir être deux.

Tu prends toute la place avec tes projets et ton bagage émotionnel.

Alors comment faire, si tu n’as pas le droit d’être une seule mais qu’il t’est impossible d’être deux ?

Laisser un commentaire