Juste un petit pas de plus

Rétrospectivement, en un an, j’ai parcouru un chemin incroyable. En décembre 2020, j’étais au plus bas, je pleurais tous les jours ou presque, et j’avais arrêté de prendre soin de moi et de mon environnement. J’étais tellement préoccupée toute la journée par mes pensées négatives qu’il ne me restait plus aucune énergie, plus aucun temps de cerveau disponible pour le reste. Je ne faisais que broyer du noir, du matin au soir.

Aujourd’hui, je suis très fière de ce que je suis devenue, de la vie que je me suis créée. J’ai pris des décisions douloureuses qui m’ont permis d’être, au final, plus heureuse. J’ai fait un travail sur moi-même pour apprendre à me connaître, à me comprendre. Et surtout, j’ai avancé avec indulgence envers moi-même.

Mais il me reste encore un long chemin à parcourir. Tous ces progrès ne se sont pas fait tous seuls, et j’ai repensé ce soir à la philosophie que j’applique quand vraiment ça ne va plus et qu’il n’y a plus aucune motivation en moi : je m’encourage à faire « juste un petit pas de plus ». J’ai commencé à faire ça quand j’ai débuté ma thérapie et que j’ai compris que j’allais devoir me sauver moi-même de cet enfer.

L’idée, c’est d’économiser mes batteries en fonctionnant juste avec le minimum de tâches à accomplir (presque uniquement les tâches vitales si je puis dire). J’ai encore un peu aujourd’hui honte de le dire, mais il y a des jours où la tristesse prend tellement le dessus que les choses les plus anodines telles que manger ou prendre une douche demandent une énergie colossale. Ces jours-là, il faut faire les choses intelligemment et célébrer les petites victoires.

L’idée de « juste un petit pas de plus », c’est d’éviter d’anticiper ce qui va se passer après, au risque de se sentir dépassé, de se concentrer sur l’instant présent et de se pousser à faire rien qu’une petite tâche. Je m’explique.

Par exemple, prenons un jour où je rentre tard du travail, fatiguée, complètement démotivée parce que j’ai passé une très mauvaise journée. Objectivement, je n’ai absolument rien envie de faire en rentrant, à part me commander à manger et me mettre dans le canapé devant une série. Sauf que voilà, le matin, avant de partir, j’étais en retard, alors il y a de la vaisselle sale dans l’évier, les poubelles à descendre et plein de vêtements qui traînent car je n’arrivais pas à choisir quoi porter pour la journée. Instantanément, je me sens dépassée car je n’ai pas l’énergie mentale pour faire tout ça. C’est là qu’intervient « juste un petit pas de plus ». Au lieu de tout faire d’un coup, ce qui me demanderait des ressources que je n’ai pas, je vais choisir une seule tâche sur les trois que je vais faire sans réfléchir, sans me laisser le choix. Je vais me forcer, même si c’est la dernière chose au monde que j’ai envie de faire. Au final, ça sera probablement fait en quelques minutes, mais ça suffira à remonter l’estime que j’ai de moi-même, à me faire me sentir mieux. Les autres tâches attendront le lendemain matin, quand j’aurai rechargé les batteries.

Cela peut sembler ridicule de prime abord, et le ressenti qu’il y a derrière tout ça est très compliqué à traduire. Si l’on regarde les choses telles qu’elles sont, on se dit juste que j’abuse un peu, car si ce ne sont que des tâches qui prennent très peu de temps, je pourrais tout faire d’un coup et on n’en parle plus. Mais le souci, c’est que mentalement, il y a un gros blocage derrière tout ça. C’est l’anticipation qui est plus épuisante que tout, et il est très difficile de voir au-delà. Rien que l’idée de faire ces choses est absolument écrasante.

Aujourd’hui, j’ai voulu écrire sur ce sujet car je sais que malheureusement, je ne suis pas la seule à vivre ce genre de situation. Si toi aussi tu passes par par là, je voulais juste te dire que tu n’es pas seul.e et que l’on peut s’en sortir avec de la patience et de l’indulgence.

Une étape à la fois. Un pied devant l’autre. Juste un petit pas de plus.

Laisser un commentaire