Le temps

Trente-huitième jour de confinement. C’est aujourd’hui que je reprends ma plume.

A l’heure où j’écris, il fait nuit noir. Toutes les lumières sont éteintes dehors. Aucun bruit. Aucun mouvement. Seules les ombres sortant des pavillons voisins témoignent de la vie qui règne encore à cette heure.

Innocemment, j’ai regardé dehors. Cette nuit profonde. Ce calme. J’ai revu ces moments que l’on passait ensemble, tard le soir, dehors. Tu fumais ta dernière cigarette de la journée. Je te pressais pour rentrer. J’étais tétanisée par tout cet inconnu, toute cette incertitude qui m’entourait. A bientôt vingt-deux ans, j’ai encore peur du noir, mais toi, tu adores ça.

Ces fragments de vie ont fait remonter beaucoup d’émotions. En cette période de confinement, je donnerais tout pour revivre ça. Être dehors, avec toi. Le plus simplement du monde. Ç’aurait été pour moi l’assurance d’une nuit à tes côtés.

Déjà sept semaines loin de toi. Quarante-neuf jours. Mille-cent-soixante-seize heures. Plus de soixante-dix-mille minutes. Je n’ai rien de mieux à faire que de compter. Compter tout ce temps qui me sépare du dernier souvenir que j’ai de toi.

Aujourd’hui, je compte chaque seconde qui me rapproche de toi, et je repense à toutes celles que je n’ai pas chéri. En quatre ans de temps, combien de secondes avons-nous perdu ? Combien ? Quand j’y repense, j’ai peur de me tenter à les compter.

Et après ? Ce que je me demande maintenant, c’est comment sera l’avenir. Est-ce qu’un jour on se rendra compte de ce qu’on a entre les mains, toi et moi ? Est-ce qu’un jour on fera en sorte de rentabiliser le moindre instant, le plus infime millième de seconde passé ensemble ?