L’histoire d’une rencontre

Sur le quai de la gare, elle fuma une dernière cigarette avant que son train arrive. Elle avait eu une longue journée, je pouvais le ressentir en observant ses gestes lents et fatigués. Elle semblait déconnectée du réel, ne prêtait pas attention au monde qui l’entourait.

Le train arriva. Elle monta, et je suivis. Les wagons étaient bondés, il ne restait plus aucune place assise. On était vendredi soir. Je l’entendis soupirer discrètement. Elle espérait certainement pouvoir voyager assise et se reposer un peu. Mon intuition fut confirmée dès lors qu’elle posa ses affaires par terre, au milieu du couloir, et s’assit juste à côté. L’espace était petit mais elle n’était pas bien imposante non plus. Elle sortit un livre de son sac à main et commença à lire. Un petit sourire apparut au coin de ses lèvres. Elle eut immédiatement l’air apaisée.

Un enfant se mit à pleurer, elle leva les yeux de son roman, soupira de nouveau. Elle aurait préféré être n’importe où ailleurs qu’ici, je le ressentais à travers son regard. De longues minutes passèrent, les sanglots ne s’arrêtaient pas. Alors elle commença à fouiller dans son sac pour en sortir une paire d’écouteurs. Sans doute cherchait-elle une solution pour s’isoler du bruit et pouvoir repartir voyager entre les lignes.

Peu de temps après, une femme apparut dans le couloir, un enfant dans les bras, celui qui était justement la source de son problème, et ils s’assirent tous les deux juste à côté d’elle, par terre. Elle les regarda brièvement en souriant, le regard bienveillant, puis repartit à sa lecture. Elle ne laissa rien paraître de son agacement.

Mais alors une petite main se tendit vers elle, juste au-dessus de ses pages. Elle releva la tête. Il la regardait fixement. Il avait l’air intrigué par elle. Il s’était arrêté de pleurer dès lors qu’il l’avait vue. Elle avait l’air rassurante, familière, c’est sans doute cela qui l’avait calmé.

Elle sourit de nouveau, mais sembla cette fois attendrie, bien qu’un peu gênée. Elle lui fit un signe de la main, comme on le fait souvent avec les enfants, sans vraiment que l’on puisse se l’expliquer. Il tourna alors la tête vers sa mère, l’air surpris, et celle-ci rigola doucement en faisant signe à la jeune femme en retour, tout en incitant le petit à faire de même.

Ce moment ne dura que quelques minutes, pourtant il est resté coincé là, dans un coin de ma tête. J’ai trouvé cette rencontre pleine de poésie. J’avais cette faculté à faire de toute chose un poème, une belle histoire, là où il n’y a que la vie. La vie simple et banale.

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